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Les huiles essentielles sont elles antivirales ? Part IV

Nous avons déjà discuté dans les précédents articles des connaissances acquises notamment in vitro sur des tests cellulaires. Comme nous l’avons vu, une grande diversité d’huiles et donc de principes actifs, peuvent manifester une activité. Les virus de l’herpes ont été principalement étudiés et souvent une activité directe sur les enveloppes virales est responsable de l’action antivirale. Dans quelques cas une action sur la réplication a pu être démontrée.

Part I; Part II; Part III

L’activité d’une huile essentielle sur un type viral donné ne préjuge en rien de l’activité sur un autre virus.

Nous allons voir dans cet article ce qui a été démontré dans la littérature au delà des virus herpétique, déjà évoqués, sur des virus à tropisme respiratoire.

La figure 1 présente les virus responsables d’affections respiratoires les plus communes et une idée approximative de leur implication. Pour chaque type viral il existe, parfois, plusieurs virus entraînant des pathologies de la plus asymptomatique à la plus sévère. Il y a, par exemple, plusieurs types de virus influenza chacun avec de multiples variants. De même, pour les coronavirus dont plusieurs centaines voire milliers existent.

Figure 1: Principaux virus respiratoires et leur importance supposée dans les infections ORL et bronchique
La partie gauche de l’image est empruntée à une présentation de Manuel Schibler, Laboratoire de virologie des Hôpitaux universitaires de Genève

Il existe quelques études sur l’intérêt des huiles essentielles comme antiviral sur les virus Influenza et des résultats très parcellaires sur d’autres virus respiratoires. Un seul article, que nous discuterons porte sur un coronavirus.

Le tableau 1 résume les principales études disponibles.

Tableau 1: Synthèse des principales études concernant des virus à tropisme respiratoire et l’effet d’huiles essentielles ou leur composants.
En violet l’huile essentielle ou la substance testé dans l’étude

Action des huiles essentielles sur un coronavirus

A notre connaissance, un seul article mentionne une étude de l’action de différentes huiles essentielles sur un coronavirus.

Une publication, en 2008, de Monica Loizzo de la faculté de Pharmacie de Calabre (Italie) en association avec des chercheurs de la faculté des Sciences de Beyrouth d’autres chercheurs italiens et allemands décrit dans le journal Chemistry and Biodiversity la composition de plusieurs huiles essentielles extraites de plantes originaires du Liban et l’activité in vitre de ces huiles essentielles sur les virus de l’herpès type 1 et le coronavirus SARS-CoV (virus responsable de l’épidémie de SARS en 2002-2004).

Loizzo et al. Chemistry & Biodiversity 2008, 5:461

Les huiles essentielles étudiées sont extraites des plantes suivantes: Laurus nobilis, Juniperus oxycedrus ssp. oxycedrus, Thuja orientalis, Cupressus sempervirens ssp. pyramidalis, Pistacia palaestina, Salvia officinalis, and Satureja thymbra. Pour le Laurier et le Thuja les huiles essentielles sont extraites des baies et des fruits.

Les principaux résultats antiviraux sont décrits dans un tableau de la publication. Les huiles de Laurier et de Thuja montrent une activité modérée sur le virus du SRAS avec des concentrations inhibitrices les plus faibles.


Table de résultats de la publication de Loizzo et al. 2008

Ces résultats ont permis à plusieurs auteurs et sites internets de faire la promotion de l’huile essentielle de Laurier noble dans le cadre de la prévention du Covid-19; le virus SARS-CoV1 étant relativement proche. Si il est possible, éventuellement, d’évoquer la proximité des deux virus l’huile essentielle décrite dans la publication est issue de la distillation de baies alors que l’huile essentielle commerciale classiquement disponible est issue de feuilles et la comparaison de leur composition montre de larges différences.

Comparaison de l’huile de baies utilisée dans la publication de Loizzo et al. et la composition de l’huile essentielle de feuilles de laurier traditionnellement trouvée dans le commerce.

L’huile essentielle de Laurier noble commerciale est caractérisée par un taux important de 1,8-cinéole et d’a- et b- pinène, ces substances sont présentes en quantité beaucoup plus faibles dans l’huile essentielle de baies. Trois molécules sont présente en quantité importante dans l’huile essentielle utilisée dans la publication et absente dans l’huile de laurier feuille: le b-ocimène, l’érémenthine et la déhydrocostulactone. Enfin, l’huile essentielle de baie renferme de nombreuses substances non identifiées (plus de 45%) et mériterait une caractérisation plus poussée.

Si certaines huiles essentielles sont clairement actives sur des virus à tropisme respiratoire les données sont encore peu nombreuses. Sur les coronavirus l’unique étude disponible pose de nombreuses questions. D’autres données sont nécessaires et des études mériteraient d’être engagées sans délai.