Les huiles essentielles ont elles des activités antivirales ? Part I

Certaines huiles essentielles ont-elles des propriétés antivirales ? La question est loin d’être anodine et mérite d’être étudiée:

  • des articles et interventions, parfois par des « experts » mettent en garde contre ce qui est présenté comme une « fake-news »
  • de nombreux livres, magazines, sites internet et citent régulièrement certaines huiles essentielles comme de bon antiviraux
  • certaines vidéos (très, trop ?, téléchargées) font la promotion de deux gouttes sur les poignets comme préventif absolu
  • beaucoup de personnes ont déjà utilisé ces produits pour des pathologies virales hivernales avec des succès divers

Que sait-on ? Qu’est ce qui a été démontré ? Essayons d’y voir clair !

Dans ce premier article tentons de définir un peu les termes et leurs subtilités et de faire une synthèse rapide des hypothèses présentes


Les bons termes

Définitions issues du dictionnaire de l’Académie de Médecine

Antiseptique:
Produit chimique ou procédé utilisé dans des conditions définies et appliqué sur les tissus ou les surfaces des dispositifs médicaux, pour éliminer ou tuer les micro-organismes ou inactiver les virus présents. Il s’agit d’un terme général concernant bactéries, champignons microscopiques, certains parasites et les virus sans distinction de famille. La notion d’application sur une surface ou un tissu est importante.

Antibiotique:
Substance capable d’empêcher la reproduction des bactéries (bactériostatique) ou de les détruire (bactéricide) en bloquant certaines réactions enzymatiques. Le terme s’applique clairement au monde bactérien et donc pas aux virus.

Antiinfectieux:
Qui combat ou prévient une infection. Autre terme recouvrant tout type d’infection, virale ou bactérienne mais peut porter sur le traitement et/ou sur la prévention.

Antiviral:
Caractère d’un médicament utilisé dans le traitement ou la prévention d’une infection virale.
Il inhibe la réplication des virus dans l’organisme. Ne s’applique cette fois qu’au virus avec une notion de prévention et de traitement.

Le bon emploi de ces mots est important car les publications grand public sur les huiles essentielles les confondent souvent, parfois même passent de l’un à l’autre au fur et à mesure des copies aboutissant à une grande confusion ou tout devient « bon pour tout » !

Définitions issues du dictionnaire de l’Académie de Pharmacie

Bactérie:
Micro-organisme (de 0,3 à 2,5 µm) unicellulaire sans noyau (procaryote) dont le génome est constitué d’ADN en un seul chromosome et éventuellement d’ADN extrachromosomique porté par des plasmides. […] À l’extérieur, la paroi est une enveloppe rigide qui assure l’intégrité de la cellule bactérienne et est responsable de sa forme. […] Division par scissiparité. […] Il existe de très nombreuses espèces de bactéries dont la classification (taxonomie) repose sur de nombreux critères par exemple morphologiques, chimiques, moléculaires. Saprophyte dans divers milieux naturels, commensale ou pathogène opportuniste ou obligatoire chez l’Homme, des animaux et des végétaux. Il est intéressant de comprendre qu’une bactérie à une capacité a se reproduire seule dans le bon milieu et de retenir qu’elle peut être inoffensive ou pathogène chez les animaux (homme compris !) et chez les végétaux.

Virus:
Entité biologique acaryote, dont les dimensions varient de 10 à 300 nm ; est, de ce fait, invisible au microscope optique et ne peut être retenu par aucun filtre. Parasite obligatoire de cellules vivantes pour son développement in vivo et sa culture in vitro, il est, le plus souvent, pathogène […]. Un virus est constitué d’un seul acide nucléique (ARN ou ADN), ce qui le différencie d’une bactérie. Un virus utilise les constituants d’une cellule pour se multiplier. […] Les virus sont classés selon la nature de l’acide nucléique (ADN ou ARN),
[…] la présence ou l’absence d’enveloppe.
Tout est dit un virus ne peut se multiplier sans infecter une cellule

Pour démontrer une action antiseptique il faudra donc mesurer le nombre, la résistance et la viabilité de bactéries ou de virus sur une surface
Pour démontrer une action antivirale il faudra démontrer (et/ou suivant les cas)
– l’inhibition de la pénétration du virus dans des cellules cibles
– l’inhibition de la reproduction (réplication) du virus dans des cellules cibles
– la diminution de l’excrétion du virus par un organisme
Pour une action antibactérienne (antibiotique) les démonstration sont plus faciles quand la bactérie est cultivable, se reproduisant elle même il est plus aisé de mesurer une inhibition de la croissance bactérienne.

Il est classique de distinguer les effets in vitro « en tube à essai » des effets in vivo plus lourds à réaliser sur animal de laboratoire. Enfin, l’évidence « clinique » c’est a dire l’efficacité chez l’homme d’une action préventive ou curative est le graal de la démonstration.

Atteindre un niveau de preuve maximal avec études cliniques sur une grande population et une méthodologie irréprochable est quasiment impossible pour des produits naturels, faute de moyens financiers suffisants (public ou essentiellement privé par des laboratoires pharmaceutique ces évaluations adaptés aux médicaments coûtent des dizaines de millions d’euros) et du fait de la difficulté à standardiser un produit par nature variable et multiple. Une huile essentielle est, en effet, composée de plusieurs dizaines (parfois plusieurs centaines) de molécules et cette assemblage va varier en fonction des origines et des années… tout comme le vin ! Mais il est important d’aller le plus loin possible dans l’évaluation et de tenter de réunir des preuves scientifiques aussi solides que possible qui pourront être confronté à une autre réalité clinique enseignée par l’usage traditionnel parfois millénaire.

Las huiles essentielles présentées comme antivirales

Nous avons depuis plusieurs années compilé au sein d’une base de données les information relatives à la composition chimique et aux activités revendiquées des huiles essentielles. Il est ainsi aisé d’extraire du système les différentes huiles essentielles notifiées comme antivirale et d’observer leur composition chimique. Attention, il s’agit d’une compilation issue d’ouvrages qui souvent se copient les uns les autres et de sites qui… copient les ouvrages, c’est donc une liste indicative que nous nous proposons de mettre à l’analyse dans les prochains articles.

Si nous analysons la composition chimique de ces huiles un certain nombre de composés apparaissent le plus fréquemment (voir tableau ci après), il est donc probable qu’ils sont les principaux vecteur de l’activité recherchée ou du moins qu’ils y contribuent grandement

La grande variété de virus

Une autre notion importante est de relativiser ce que l’on entend par « antiviral » car la famille des virus est immense et certains produits peuvent être actifs sur tel ou tel virus et inactifs sur tout les autres. Voici dans l’illustration suivante une idée de la diversité des familles de virus affectant l’homme !

De nombreux virus, beaucoup d’huiles essentielles et une multiplicité de composés potentiellement intéressants. Quel vertige ! Dans notre prochain article nous débuterons une analyse de la littérature scientifique sur ces sujets avec de multiples requêtes sur les bases de données d’articles scientifiques… un travail titanesque que nous ne pourrons faire, sans doute, que partiellement. A bientôt !

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